Aaron Swartz: Information is power

L’histoire d’Internet est passionnante. De ses origines jusqu’à ses développements contemporains l’Internet concentre la volonté, les rêves et les opportunités réalisées que des individus ont vu en lui. Dans ce billet est présentée la trajectoire de l’un d’eux: Aaron Swartz (1986­ – 2013).

Aaron Swartz
Autoportrait de Aaron Swartz en 2007 (CC)

Parce que cet Internet que nous utilisons, qui permet l’exploitation des data et qui soutient de plus en plus de tranches de nos vies (communication, travail, intimité, infrastructures vitales, divertissement) est le résultat du travail et de l’imagination d’individus, seuls ou parfois rassemblés dans des institutions.

Depuis sa genèse, l’Internet est le fruit inattendu de volontés qui sont de prime abord opposées. D’un côté le réseau ARPANET, terrain de jeu technologique à la base de l’Internet, est fondé dès 1966 avec le budget militaire de la défense étasunienne. De l’autre la culture hippie d’ouverture, d’encyclopédie pratique et partage de savoir marque les esprits des pionniers de l’Internet.

Internet, enfant bâtard des militaires et hippies 😁

Il me faut retourner dans la mythologie grecque pour retrouver une origine si étrange. Dans le Banquet de Platon, Diotime explique le caractère ambigu de l’amour par son origine. L’amoureux est à la fois riche et en manque, vise l’immortel mais reste humain. Comment expliquer ce déséquilibre constant, maintenu par l’activité des amoureux? Dans ce récit mytique, L’Amour est l’enfant de Poros (l’Abondance) et de Penia (la Pauvreté), procrée le jour de la naissance d’Aphrodite. Malgré son aspect de télé-feuilleton, ce mythe étonnant donne une explication du caractère double de l’Amour.

Internet lui aussi souffre d’une nature duelle et la vie d’Aaron Swartz en est une belle illustration. Cet américain saisit très vite le potentiel d’émancipation des technologies à la base d’Internet. Le cyberespace offre un terrain sans précédent pour réaliser l’utopie (Internet serait-il par l’espace virtuel qu’il offre ce non-lieu imaginé par Thomas More?) des hippies. Une communication sans limite et un accès inconditionnel au savoir permettent des processus politiques et de décisions communes, l’offre encyclopédique permet la formation des individus et soutient la recherche scientifique. Certain de ce potentiel, Aaron Swartz a œuvré toute sa courte vie pour le libérer:

  • il crée une encyclopédie participative avant wikipedia
  • il invente RSS (Really Simple Syndication), format de données qui permet récupérer du contenu web indépendamment de sa mise en forme. C’est la technologie à la base des abonnements aux blogs et sites d’info, ainsi que les abonnements de podcast.
  • il contribue au développement informatique de la licence Creative Commons.
  • il travaille au développement de Reddit.
  • il télécharge en masse pour rendre publics les documents de jurisprudence du système judiciaire américain (le système PACER). Il fallait auparavant payer par carte de crédit pour accéder à ces documents éminemment publics.
  • Dans le même soucis de publicité, il télécharge une masse d’articles scientifiques sur le site d’archive scientifique JSTOR.

Ces actions sont motivées par l’idéal hippie d’accès à la connaissance. Ainsi Aaron Swartz est devenu un éminent activiste de l’Open Access et de l’Open Data. Pour celles et ceux étrangers à cette problématique, la lecture du court texte Guerilla Open Access Manifesto saura exposer les enjeux qui nous touchent tous.

Première page du Guerilla Open Access Manifesto
Première page du Guerilla Open Access Manifesto

Aaron Swarz est mort en 2013. Il subissait d’énormes pressions de la part du gouvernement étasunien (“En cas de condamnation, il encourait une peine d’emprisonnement pouvant atteindre 35 ans et une amende s’élevant jusqu’à 1 million de dollars.”) et reçut aucun support de son employeur le MIT. Le documentaire The Internet’s Own Boy: The Story of Aaron Swartz retrace sa vie et son activisme:

 

One Reply to “Aaron Swartz: Information is power”

  1. L’histoire de Swartz permet de saisir les tensions intrinsèquement liées à l’existence d’internet. Belle mais tragique, ouverte mais difficile d’accès (la route est longue, mais la voie est libre, n’est-ce pas?), communautaire mais inévitablement privatisée…

    C’est pour cela que le numérique est un thème fort que l’école publique n’a pas encore su s’approprier. Former au numérique, c’est participer à un débat permanent, car chaque ligne de code a le pouvoir de contraindre et de façonner le monde des autres (code is law disait-il).

    Merci pour tes lignes de réflexion!

    A bientôt autour d’un café pour identifier les questions clés à poser autour des l’éducation au numérique.

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